« Commissionnaire ? Un métier de m... ! »
Être délégué général d’une fédération de transport n’est pas facile, en ce moment. Il ne s’agit plus simplement de donner des informations à ses adhérents, mais de les écouter raconter leurs difficultés. Et, en ces temps troublés, ils n’en manquent pas…
« En ce moment, je passe mon temps à envoyer des informations sur le licenciement économique ou le chômage partiel et à écouter des chefs d’entreprise me raconter leurs difficultés », nous confie Yves Quemeneur, écoeuré de constater que le gouvernement reste insensible aux appels au secours lancés par la profession.
Pourtant, la situation des PME est dramatique. Les exemples ne manquent pas pour illustrer la détresse des PME du secteur. « Hier, j’étais chez un transporteur qui a huit véhicules et qui fait du TP. Traditionnellement, cette période de l’année est assez calme pour lui. Il ne s’était donc pas affolé d’avoir trois de ses véhicules à l’arrêt depuis trois mois. Il n’avait pas licencié, espérant que l’activité allait reprendre. Mais ses clients n’ayant pas de visibilité, il se voit finalement contraint de virer deux personnes. Pour la survie de l’entreprise ».
Licencier coûte cher
Le délégué général de l’UNOTRE Franche-Comté-Bourgogne constate que licencier a un coût. Par le passé, quand une entreprise voulait réduire sa voilure, il lui suffisait de vendre le véhicule du chauffeur concerné. Avec l’argent obtenu, elle avait de quoi procéder au licenciement. Mais, depuis plusieurs mois, le marché de l’occasion s’est effondré. Ainsi, alors que l’on pouvait encore espérer retirer 25.000 euros de la vente d’un bon tracteur d’occasion il y a moins d’un an, désormais, les transporteurs se voient proposer une misère pour leur matériel. « Récemment, un transporteur qui vendait cinq véhicules (2 porteurs, 1 tracteur et 2 semis), datant de 1997 à 2002, s’est vu proposer 10.000 euros pour le tout par un négociant polonais. Les transporteurs ne peuvent même plus se faire de la trésorerie en vendant leurs véhicules », constate M. Quemeneur. « Beaucoup pourraient pourtant vendre, quand on voit le nombre de véhicules qui restent sur parc, faute de travail ».
La sous-traitance en cascade : très pratiquée !
Yves Quemeuneur peste contre ceux qui profitent de la situation pour proposer des prix ridicules. « Il y a vraiment un problème avec les commissionnaires. Un métier de merde ! », tempête-t-il. Et d'illustrer son propos par un exemple : « Dans notre région, je connais un industriel qui confie son fret, à des prix sans doute normaux et justifiés, à un grand commissionnaire qui, lui, sous-traite à un transporteur qui, lui-même, re-sous-traite à quelqu’un ». La sous-traitance en cascade est en principe illégale mais pratiquée chaque jour, selon lui. Ce qui aboutit à ce qu’ « au final, celui qui fait le transport le fait pour des clopinettes ».
Autre exemple, ce prix relevé sur une bourse de fret : « On proposait un transport entre Paris et Ambérieux pour 350 euros, soit 0,73 euro / km. C’est scandaleux ! Mais comme il n’y a rien en ce moment, si un transporteur a un client à aller recharger là-bas, il finit par accepter plutôt que redescendre à vide… »
« Commissionnaire ? Un métier de m... ! »
Jeudi 19 mars 2009
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