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  Edito : Mot du Président de l'Union Routière de France - François Prevost

« Il y a trop de camions sur les routes ».

Cette assertion est désarmante : autant dire qu’il y a trop de produits trop frais sur nos étals, trop de médicaments trop rapidement livrés dans nos pharmacies, trop d’ordinateurs acheminés dans des délais trop brefs, etc.

Nous sommes tous plus ou moins exposés à cette schizophrénie qui nous conduit à être de plus en plus exigeants sur la quantité, la qualité et les délais, tout en pestant contre les camions, pourtant seuls capables de satisfaire ces mêmes exigences.

« Le transport routier contribue majoritairement à la pollution de l’air »

C’est triplement inexact. D’une part, les émissions de la circulation routière dans son ensemble sont loin d’être majoritaires dans les émissions globales. D’autre part, par suite d’une ambiguïté sémantique, voulue ou non, nombre de documents officiels désignent par « transport routier » l’ensemble de la circulation routière. Mais le transport routier de marchandises n’est responsable que d’une fraction des émissions de la circulation, de l’ordre d’un quart pour fixer les idées. Enfin, c’est de plus en plus inexact, car grâce aux progrès réalisés par les constructeurs de véhicules et les producteurs de carburants, les émissions de la circulation routière sont en diminution constante, et celles des camions en premier lieu puisque le renouvellement du parc est plus rapide. Contrairement à ce qu’on entend dire souvent, la croissance de la circulation n’annule pas la diminution des émissions unitaires : une croissance de quelques pourcents ne peut contrebalancer une division par un facteur dix. Mais on sait que beaucoup de nos concitoyens sont fâchés avec les ordres de grandeur...

« Le trafic de camions augmente de façon exponentielle ».

C’était vrai… dans les années soixante. C’est encore vrai pour quelques temps en Chine ou en Inde. Ce ne l’est déjà plus en Europe de l’Est. C’est inexact chez nous et chez nos voisins, où la circulation tend au contraire à se stabiliser, notamment la circulation transfrontalière de marchandises (qui tend même à diminuer dans les Alpes).

« Les camions ne payent pas les coûts qu’ils occasionnent ».

Qu’est-ce à dire ? Les camions ne sont qu’un esclave mécanique au service de l’industrie, de l’agriculture, du commerce, et en définitive des consommateurs. Est-ce à dire que les consommateurs ne payent pas les coûts qu’ils occasionnent ? Mais alors qui paye ces coûts ?

Il y a malheureusement bien d’autres exemples de ces curiosités verbales, dont le célèbre : « il faut mettre les camions sur les trains », hérésie énergétique et économique.

Tant qu’il s’agit de brèves de comptoirs, ces propos sont sans conséquences ; mais ils deviennent plus surprenants lorsqu’ils sont repris par des voix autorisées, éventuellement appelées à prendre ou à influencer des décisions.

On dira évidemment que le transport routier n’a nul besoin d’être encensé quotidiennement pour accomplir les tâches que la société lui a confiées. Mais il est tout de même assez choquant de voir une corporation utile et honorable être contestée de la sorte.

Prenons y garde, derrière ces idées reçues souvent ridicules, il y a des écoles de pensée et des intérêts influents et actifs, dont les buts ne sont pas innocents. La profession de transporteur routier, son rôle, son personnel, son organisation, ses méthodes, ses véhicules ont considérablement changé en quelques décennies. Mais le langage de ses détracteurs est resté immuable et répétitif, méthode d’apprentissage bien connue des catéchistes.

A cet égard, on peut légitimement s’inquiéter des démarches en cours au niveau européen pour l’évaluation des fameux « coûts externes » des transports, sujet récurrent et sempiternel. Derrière les fausses symétries et les formules lénifiantes qui ne trompent personne, c’est bien le transport routier que certains entendent mettre en accusation et surtaxer. Il conviendra d’être particulièrement vigilant à ce sujet.

Il n’est pas question de contester le bien-fondé des redevances routières, sous les diverses formes existant en Europe, dans la mesure où ces redevances sont la contrepartie d’une mise à disposition d’infrastructures et de services, et qu’elles font partie du prix acquitté par les clients chargeurs et donc par le consommateur final. Mais il devrait être réaffirmé avec force que le transport routier contribue déjà amplement à la prospérité des nations, et qu’il est et restera un instrument essentiel et irremplaçable au service des citoyens. Le mettre à mal serait mettre à mal l’ensemble de l’économie européenne.

François Prévost
Président de l’Union routière de France