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  Congrès OTRE 2007

DISCOURS PRESIDENT MORLIN
CONGRES OTRE – Montpellier, 10 février 2007

Chers amis,

Ce 7ème Congrès, à quelques semaines d’élections nationales majeures pour notre pays, revêt un caractère tout particulier pour notre profession.

Merci à toute notre équipe qui a su relever le défi d’un Congrès, à la fois :

- participatif lors de notre matinée - vous transporteurs avez pris la parole pour témoigner de votre vécu sur le terrain,

- original, novateur et constructif par les sujets abordés cet après-midi.

Remerciement des personnalités.

Monsieur le Directeur de Cabinet de Monsieur ESTROSI, Ministre délégué à l’aménagement du territoire,
je suis bien sûr désolé des contretemps qui ont empêché Monsieur le Ministre d’être parmi nous. J’en suis d’autant plus désolé que pour la première fois, un Ministre souhaitait réellement, être présent au congrès de l’OTRE.

Monsieur le Préfet,

je suis très heureux de vous retrouver aujourd’hui. Et je dis retrouver, car nous sommes tous les deux, presque des anciens combattants. Janvier 2000 : l’application des 35 heures dans les entreprises de transport, manifestation des transporteurs, péage de la Négresse à Biarritz, vous étiez sous préfet de Bayonne et j’étais président de la FNTR Aquitaine. Il faisait très froid.

Aujourd’hui, je m’adresse à vous en tant directeur de cabinet de Monsieur ESTROSI, Ministre de l’aménagement du territoire, le représentant.

Monsieur le Ministre, merci de votre volonté de participer au 7ème congrès de l’OTRE, même si les contraintes liées à votre fonction ont empêché au dernier moment votre venue.

Nous apprécions l’intérêt que vous nous portez. Les efforts de la profession et les propositions de l’OTRE pour s’engager dans une politique de développement durable, tout en pérennisant l’activité de nos entreprises sont ainsi entendus.

Mon propos s’articulera autour de deux axes, le premier sur les difficultés de notre secteur liées à l’absence de compétitivité, le second sur l’avenir du transport routier qui a fait l’objet des travaux de cette journée.

Monsieur le Ministre, nous vivons une crise structurelle.
Nous le disons, nous le démontrons depuis la création de l’OTRE.
Pour autant, il aura fallu la réunion de plus de mille transporteurs adhérents de toutes les organisations professionnelles à Paris le 28 septembre 2005, pour que cet état de fait soit officiellement reconnu par l’Etat.

Je suis atterré, avec moi l’ensemble des adhérents de l’OTRE et très certainement la grande majorité des chefs d’entreprise du transport routier de marchandises, atterré d’avoir vu se jouer une partie étriquée de gagne terrain entre le ministère des transports, le ministère des finances et la profession. Malgré cette prise de conscience, ce débat stérile a annihilé toutes les initiatives destinées à sortir de cette situation.

Malheureusement, compte-tenu du contexte électoral, ce dossier ne peut plus avancer avant la prochaine mandature. Pour autant, il est utile de rappeler même rapidement, les éléments de cette crise.

L’absence d’harmonisation européenne nous pénalise essentiellement sur trois aspects :

- Distorsion de fiscalité,
- Définition différente des temps de travail,
- et leur conséquence, le développement du cabotage.

Je reconnais néanmoins que votre gouvernement a saisi la commission européenne par deux mémorandi sur : l’harmonisation de la fiscalité des carburants et une nouvelle réglementation du cabotage et de l’accès au marché du transport. Nous nous félicitons de ces initiatives, faites sur proposition de l’OTRE et de l’UPR.

Toutefois, nous sommes conscients que les prises de décisions n’interviendront qu’à moyenne, voire longue échéance et ne règlent en rien les difficultés actuelles de nos entreprises.

Exceptées, les mesures prises afin de réduire les délais de paiement, le plan d’urgence de l’UPR destiné à régler les problèmes sur le fond et permettre la transition dans l’attente d’une harmonisation européenne, n’a pas été suivi.

2006 a marqué une amélioration conjoncturelle nette par rapport à l’année 2005.

Une conjoncture économique plus favorable, un contexte international moins concurrentiel, la récupération de la TVA sur les autoroutes de 1996 à 2000 ont certes donné un sentiment d’embellie qui devra, cependant, attendre les bilans de la fin 2006 pour être confirmée. D’autant plus que la forte baisse du prix des carburants sur le dernier trimestre 2006 est à tempérer au vu des fluctuations annuelles. Le prix moyen 2006, 90 cts d’€uro, contre 85,9 cts d’€uro en 2005.

L’arbre ne doit pas cacher la forêt, le conjoncturel ne peut dissimuler le structurel.

La prochaine mandature doit impérativement et en priorité régler, ces problèmes structurels, comptez sur l’OTRE pour le rappeler.

Monsieur le Ministre,

Les transporteurs routiers, après la deuxième guerre mondiale, ont largement participé au redressement économique de notre pays, et ont toujours répondu présents.

Dès les années 90, nos entreprises ont connu un premier choc économique violent avec l’ouverture des frontières, sans harmonisation préalable et ce malgré les promesses des gouvernements successifs.

Ce choc économique a fait fondre les parts de marché de notre pavillon. Il a conduit grand nombre d’entreprises à disparaitre et grand nombre de salariés au chômage. Par contre, ce choc n’a en rien réduit le nombre de poids lourds circulant sur les routes françaises. Bien au contraire ! Tout cela signifie simplement que les transferts de modes de transport appelés des vœux de certains n’ont été que des transferts de pavillon.

Monsieur le Ministre,

Il me semble qu’il est aujourd’hui à la mode de « casser du camion », encore plus que d’habitude et notamment pendant cette campagne électorale.

Il est clair que nous sommes en train de subir un nouveau choc « camion », qui est un choc d’image.

Nous avons donc voulu, pendant ce congrès, montrer que le camion a un avenir après le moteur à explosion, tout comme le train a connu un avenir après la vapeur.

Monsieur le Ministre, je ne vous cacherai pas que notre ambition, aujourd’hui, est tout simplement de vous convaincre de nos convictions.

Il est possible de réinventer le transport routier de marchandises et son organisation.

Il doit répondre aux principes de développement durable. Il doit allier les avantages des différents modes actuels aux siens, tout en écartant les inconvénients.

Nous l’avons démontré lors de notre deuxième table ronde. Monsieur le Ministre, le train sur pneus sans rupture de charges, T.P.R.C., est LA solution au transport de longue distance et de transit.

Le train sur pneus sans rupture de charges comme son nom l’indique est à la fois un camion et un train. Il a, bien évidemment, les avantages du camion, avec sa souplesse pour le chargement et les livraisons. Il assure un transport en toute sécurité, sans rupture de charges, en devenant un train sur sa voie dédiée, guidé par des rails informatiques. Il a une capacité de trafic doublée, avec un investissement limité et auto financé par rapport aux autoroutes actuelles, et représente 24 fois la capacité d’une voie ferrée.

Le T.P.R.C., c’est finalement :

- plus de sécurité routière,
- moins de transport à vide,
- moins de camions sur les routes.

C’est donc une amélioration notable pour l’environnement.
Et pourquoi ne pas envisager à l’avenir, l’utilisation d’énergies alternatives telles que l’électricité ou l’hydrogène etc … ?

Le T.P.R.C., nouveau mode d’organisation de transport de fret, est le seul à permettre un écoulement sûr et suffisant du fret, à travers l’Europe. Pour autant, bien entendu, nous défendons une utilisation optimum de tous les modes de transport.

Et, ne croyez pas Monsieur le Ministre que le T.P.R.C. est une solution à moyen ou long terme ! Toutes les conditions sont d’ores et déjà réunies pour sa mise en place.

Il ne manque plus que la volonté politique.

Le transport routier n’est pas qu’international, de longue distance ou de transit. Au contraire, il est majoritairement urbain et de courte distance. Son adaptabilité entre très gros volumes et faible massification du fret lui permet de participer au développement durable et à l’aménagement du Territoire. En effet, il est indispensable à l’irrigation de l’ensemble de nos territoires et il favorise le maintien et l’essor de toute activité qu’elle soit humaine, artisanale ou industrielle au sein de ceux-ci, évitant par là même une concentration trop forte autour des grandes agglomérations françaises.

L’harmonisation des conditions de travail et l’harmonisation fiscale au niveau européen sont aussi des outils de développement durable.

En effet, le dumping social et fiscal permet aujourd’hui, à des véhicules des périphéries européennes, de venir à vide dans les pays de transit, dont la France, récupérer des marchés qui ne leur sont pas naturellement destinés. Conséquences :

- davantage de kilomètres à vide,
- davantage de camions,
- et donc davantage de pollution.

Ceci est contraire à la vocation initiale du transport routier.

L’alignement des conditions sociales et fiscales permettra de redessiner la carte de transport et les zones d’influence de chaque pavillon, en équilibrant les prix de transport.

Conséquence : nous atténuons la pression du transport routier sur l’environnement.

« Casser du camion », c’est politiquement correct ; mais « casser du camion » est économiquement dévastateur et moralement malhonnête.

Contrairement à la fausse image donnée par les tenants de la pensée unique, qui prétendent que le transport routier est l’ennemi de l’environnement, nous avons démontré cet après midi que grâce aux efforts de tous, constructeurs, équipementiers, transporteurs, bref grâce à tous les acteurs du transport routier, les progrès ont été considérables et nous permettent de rentrer dans les normes du développement durable.

Nous ne nous contenterons pas de ces bons résultats, Monsieur le Ministre. Nous voulons être les premiers de la classe en la matière, et nous le serons.

Monsieur le Ministre, Ce ne sont pas des paroles en l’air !

Les transporteurs sont prêts à s’engager. Ce matin, ils ont décidé de proposer à l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle :
un PActe du Camion Sympa et Ecologique pour un transport routier durablement compatible.

Le PACSE, un engagement mutuel des transporteurs et du prochain gouvernant.

P pour PROPRE
Nous nous engageons à investir dans des véhicules compétitifs et « propres » : 90 % du parc moteur équipé en euro IV et euro V à la fin de la mandature. Le futur gouvernant s’engage à autoriser le passage au 44 ou 60 tonnes.

Nous nous engageons à utiliser des bio-carburants. Le futur gouvernant s’engage à mettre en place un réseau de distribution dédié au carburant professionnel et à adopter une fiscalité appropriée aux carburants alternatifs au pétrole professionnel.

A pour ACTIF
Nous nous engageons à promouvoir le dialogue social dans la profession. Le futur gouvernant s’engage à abandonner la tutelle de l’Etat dans les négociations.

Nous nous engageons à nous impliquer dans la politique de formation. Le futur gouvernant s’engage à réformer la formation dans les métiers du transport et de la logistique, en concertation avec les professionnels.

C pour COMPETITIF
Nous nous engageons à développer notre politique d’embauche de salariés corrélativement à notre activité. Le futur gouvernant s’engage à exonérer des charges salariales et patronales sur les heures supplémentaires, à exonérer de la taxe professionnelle les véhicules, à faire mettre à l’ordre du jour européen l’harmonisation de la fiscalité sur le carburant.

S pour SOLIDAIRE
Nous nous engageons à augmenter le pouvoir d’achat des conducteurs routiers. Le futur gouvernant s’engage à harmoniser la définition du temps de travail française sur la définition européenne.

E pour EQUITABLE
Nous nous engageons à accepter le principe d’une taxation du réseau routier. Le futur gouvernant s’engage à supprimer toute fiscalité sur le véhicule.

Enfin nous nous engageons dans une transparence totale du transport routier en échange d’un engagement d’impartialité de l’Etat sur les avis donnés sur notre secteur.

Ce pacte et les solutions que nous avons développées sont des opportunités pour notre pays, car la France cessera alors d’être un territoire de transit, squatté par les pavillons mercenaires du transport européen.

Elle redeviendra un carrefour de transport.

L’amélioration de la santé des entreprises du TRM entrainera :

- des recettes fiscales pour notre pays,
- une politique d’embauches dynamique,
- une organisation des transports en adéquation avec les objectifs de développement durable affichés.

Monsieur le Ministre,

Avant d’en terminer permettez-moi quelques mots à l’attention des chefs d’entreprise du transport routier.

Mesdames, Messieurs, chers amis,
Je tiens à vous dire que contrairement aux idées reçues et à votre perception de la situation et de l’avenir, vous êtes indispensables à la pérennité de ce pays ; vous êtes indispensables à la sécurité de ce pays. Vous devez vous battre, vous devez garder espoir.

Il est possible de réinventer le transport routier.

Osons la rupture.
Désirons l’avenir.

Page dédiée au congrès 2007