Aujourd’hui, aux manettes, c’est Roland, précis, attentif, exigeant. Depuis 1962, les transports Merle, TRANSDIS, à Castelsarrasin, c’était Yves. Toujours présent, en « demi-retraite », précieux second rôle pour toutes les opérations délicates : présence au syndicat, mise en service des nouveaux véhicules, règlement des petits problèmes ou de litiges, conseils. Demain, ce sera probablement Julien. Presque une saga familiale, ou l’histoire d’un adolescent, déjà fils de conducteur poids lourds, qui, dans les années cinquante, fait, un peu par hasard, trois années durant, l’apprentissage de la mécanique poids lourds chez l’employeur de son père. Cette formation bien salissante, surtout sur les véhicules et avec les moyens de l’époque, sera précieuse et Yves saura en tirer profit. Le permis poids lourds, passé dans des conditions qui laissent rêveur, servira plus tard. Comme salarié puis, à partir de 1962, comme gérant d’une petite station service à Castelsarrasin, Yves va faire commerce de carburants, pas encore de transport.. Pour répondre à la demande, il s’équipe d’un premier camion et fait un peu de distribution, locale. En 1968, sollicité par un client important, le camion va rouler de plus en plus. Un second camion arrive et l’activité « transport » s’organise, en « zone courte », entre les dépôts de Bassens, Port la Nouvelle, Frontignan, à destination de Toulouse et sa région. TRANSDIS aujourd’hui c’est 21 véhicules, presque tous affectés au transport de carburants . La zone d’activité n’a pas changé, les produits, les clients sont les mêmes. Tout au plus, pour palier ponctuellement une perte de marché ou les effets des chocs pétroliers (par exemple en 1973), l’entreprise conserve-t-elle un petit secteur diversifié. Actuellement, trois ensembles en « pulvé » : béton, chaux. Les conditions de transport des produits pétroliers ont considérablement évolué, particulièrement dans le domaine de la sécurité. Outre les indispensables formations ADR et Transport de matières inflammables, tous les conducteurs ont reçu, de la part des sociétés gestionnaires des sites de chargement, des formations spécifiques obligatoires : les déplacements sur sites, les protections, les gestes et les actions à exercer en cas de sinistre ou de difficulté. On est loin du paraphe hâtivement apposé au bas d’un protocole de sécurité jamais lu. Les conducteurs nouvellement recrutés roulent en double suffisamment longtemps pour connaître toutes les spécificités de leur travail : attention - respect des procédures - pas de précipitation. A bord de chaque véhicule, un manuel « maison » rappelle toutes les consignes : la sécurité mais aussi la RSE, les procédures internes. Tous les véhicules rentrent tous les soirs et chaque conducteur scanne son disque du jour. | Aussi, en plus de quarante années de circulation chargée de millions de litres de produits inflammables, l’un des sinistres les plus graves a été le mélange, à la livraison, de gazole et d’essence... Un gros dossier d’assurance, pas clôt à ce jour, mais un bilan humain irréprochable. Sans doute est-ce pour cela que l’on a tendance à vieillir chez Transdis, et les départs sont souvent synonymes de retraite, après 20 ou 30 ans de maison. « ...si un chauffeur est bon, s’il s’en va et veut revenir, je le reprends, mais pas plus de deux fois... » La sécurité, aujourd’hui c’est l’affaire de Jean Bernard , Conseiller à la sécurité et responsable administratif. A l’avenir, Julien, pourrait en être chargé, et d’une façon générale de toute la dimension « qualité » de l’entreprise. Mais il faut d’abord terminer une formation supérieure « transport » en alternance pour la quelle il bénéficie d’un contrat adapté dans une grande entreprise nationale. Le parc roulant est suivi avec une attention particulière. Un atelier intégré, la formation de mécanicien de Yves et beaucoup de vigilance, cela donne une utilisation moyenne de 10 ans et 1,1 millions de kilomètres par véhicule avec « presque tout d’origine... » « ...actuellement, nous sommes mono marque. Nous avons eu 4 tracteurs d’un autre constructeur. On a cassé 6 moteurs, jusqu’à ce que je découvre une erreur de calage de la distribution. J’ai tout recalé et ils ont, eux aussi, fait leurs 10 ans... » Le chrono numérique ? Pas encore. Les derniers tracteurs sont rentrés avant le premier mai 2006, mais le prochain renouvellement de matériel va, comme pour tout le monde, nécessiter une adaptation de l’entreprise. Roland y travaille. Et va plus loin. Il recherche le meilleur compromis pour une récupération des données sociales par satellites. L’avenir ? Pas de grands bouleversements à l’horizon, pas de projets de croissance forcenée. Le maintien dans de bonnes conditions d’exploitation et de rentabilité d’une entreprise familiale est déjà un vrai challenge. Transdis est spécialisé et la qualité de ses prestations connues de ses clients. Mais la concurrence ne fait pas de cadeaux et il faut bien, de temps en temps, la satisfaction du retour d’un client un temps sensible à d’autres sirènes pour faire passer la « pilule » d’un marché perdu. La connaissance des coûts, un souci permanent, a largement dicté l’organisation de l’entreprise. Leur augmentation inquiète. Et certains ne suscitent semble-t-il, aucune attention particulière de la profession. Roland tempête contre le dérapage du poste « péages autoroutiers » : «... ils viennent d’augmenter de près de 3 %, nous perdons 5 % de réduction sur les cartes Caplis et cela ne trouble personne. Il y a quelques années, sur présentation de nos frais de péages, nous bénéficions d’un abattement de la taxe à l’essieu. Nous l’avons perdu. Et nous avons l’obligation d’emprunter les autoroutes ». Un peu le sentiment d’être rançonné... Le travail de Julien, dans quelques années, ne sera pas facile. |