Editorial
LE PLAN MARSHALL Alors que les débats s’intensifient entre les partisans et les opposants à l’adoption de la Constitution européenne, que le Président de la République et le Premier Ministre n’hésitent pas à s’engager dans la bataille en faveur du « oui », les transporteurs routiers ne peuvent que rester dubitatifs devant une telle débauche d’énergie et de moyens, eux qui ont été confrontés – sur le terrain et depuis plusieurs années - aux effets dévastateurs d’une européanisation forcenée et totalement débridée. Ceci au nom du sacro-saint Libéralisme, de la pseudo Liberté, et d’un soit-disant sens de l’Histoire alors qu’en fait, il ne s’agit que de casses industrielles, d’anéantissement des services et de l’appauvrissement du plus grand nombre pour l’enrichissement de quelques uns. En un mot comme en cent : la « chienlit », comme aurait pu le déclarer l’homme le plus célèbre de l’histoire de France récente… Pourquoi les transporteurs apparaissent-ils dubitatifs ? - parce qu’il y a belle lurette qu’ils sont confrontés aux effets pervers d’une concurrence déloyale consistant pour eux à être en compétition avec des confrères émanant de pays membres soumis à des règles sociales et fiscales moins contraignantes ; - parce qu’il y a belle lurette qu’ils ont pu prendre la mesure avec amertume de l’incapacité et de l’absence de volonté du pouvoir politique français à contrecarrer ces différentiels connus et clairement identifiés pour ménager l’avenir du secteur ; - parce que tout au contraire, l’expérience de la gestion des conflits sectoriels par les pouvoirs publics, a le plus souvent démontré que les représentants de l’Etat à ces occasions, n’hésitaient pas à se défausser sur la Profession pour sortir des dits conflits, quitte à aggraver les différentiels de productivité évoqués ci-dessus (le cas de la Fimo étant un exemple parmi d’autres);
et pourtant…TOUT VA TRES BIEN ! Pour nos hommes politiques, notre Bon peuple de France profite de l’ouverture de l’Europe à la société de loisirs, car bientôt il n’y aura plus d’usines ni de camions français pour polluer notre atmosphère . Tout le monde pourra se prélasser qui à la mer, qui à la montagne, qui à la campagne nous dit-on. Nous devons faire partie de cette majorité de Français qui n’ont rien compris à l’Europe, étant entendu qu’une « élite », formée dans les grandes écoles, est payée (par qui ?) pour penser à notre place. Bravo Messieurs des beaux salons, continuez dans cette voie que vous nous avez tracée… Trèves de plaisanteries, combien de temps allez-vous continuer à tolérer que nous soyons ainsi dépouillés de nos entreprises et spoliés de nos droits ? Droit au travail, à la condition humaine, au respect de l’autre, à un repos légitime quotidien, et non plus droit aux insomnies, aux infarctus, causés par tous les problèmes qui entourent notre si beau métier. Ceci sans parler de la ruine morale, familiale et matérielle qui trop souvent aujourd’hui est la récompense d’années d’efforts et de sacrifices… Est-il admissible de voir ainsi toute une frange de la population active française être sacrifiée sur l’autel des idéaux des maîtres qui nous gouvernent ? Ceci dans l’indifférence générale ? Que deviendront les salariés qui sont à nos côtés et dont nous nous sentons responsables ? Y avez-vous pensé ? Ne serait-ce qu’un moment ? Votre foi consistant à voir l’émergence de « GRANDES ENTREPRISES » (nationalisées… ?) comme solution miracle à la problématique actuelle vous aveugle-t-elle au point de vous faire oublier qu’en ce cas, ce seront immanquablement des ressortissants de pays étrangers qui en prendront les rênes ?!?… Solution supposant au mieux pour le Pavillon français, le recours à des esclaves hexagonaux… Par contre, nos devoirs vous savez les faire respecter ! TVA, charges sociales, salaires, TIPP, taxe à l’essieu, taxe professionnelle, taxe par çi, taxe par là ! Ne croyez-vous pas qu’il est plus que temps de siffler la fin de la récréation si vous ne voulez pas que l’année 2005 s’inscrive en noir pour le TRM, ce dont vous serez responsables devant l’Histoire … La colère gronde de partout et ce dans toutes les régions. Prenez place à notre table, ouvrons la discussion pour mettre en place une véritable stratégie du sauvetage. Il y en assez de voir les dirigeants de PMET se laisser enterrer vivants face à leurs problèmes et subir les diktats des administrations de tutelle et l’indifférence convenue de leurs clients… Vous qui avez adopté les thèmes de la fracture sociale et de la solidarité comme moteurs essentiels de votre action ( ?!?…) politique, nous vous mettons en demeure d’assumer les responsabilités qui sont –logiquement- les vôtres et qui consistent à préserver et assurer le devenir de la population qui vous a désignés… Dans la négative, il faudra conclure que vous avez usurpé le pouvoir qui vous a été confié par le peuple, et qu’au nom de l’inscription dans le sens de l’Histoire, vous n’hésitez pas à sacrifier, brader l’avenir de plusieurs générations. En clair, aujourd’hui vous faîtes la démonstration du pire en exerçant le pouvoir d’une manière illégitime; votre pseudo-conscience politique faisant allusion au mandat représentatif qui est le vôtre (et qui suppose que vous devez adopter au mieux les lignes politiques qui vous semblent les meilleures), ne doit pas pour autant vous faire oublier que l’écoute de la Nation doit être pour vous, une constante absolue. Aujourd’hui que vous reste-t-il pour inverser la tendance et éviter de voir l’espèce « TRANSPORTEUR ROUTIER FRANÇAIS » disparaître ? Bâtir et adopter sans tarder un véritable « PLAN MARSHALL » pour tenter de sauver ce qui peut encore l’être, en redonnant à notre secteur les moyens de participer effectivement à ce qui apparaît aujourd’hui comme une grande compétition internationale. On ne peut demander à des coureurs chaussés de plomb d’accéder aux mêmes résultats que ceux dotés de chaussures de sport légères (réalisées faut-il le rappeler, par une main-d’œuvre lointaine et exploitée…). Cela tombe sous le sens ? On ne le dirait pas, quand on examine par le menu détail les événements vécus depuis des années… Dans le cas contraire, cela signifie qu’au vu de l’arrivée effective ou imminente de nouveaux pays dans la Communauté, et pour lesquels il est de notoriété que les coûts sont sans commune mesure avec ceux constatés dans notre beau pays, les Pouvoirs Publics ont fait une croix pure et simple sur le transport public routier français de marchandises. Messieurs, l’heure est venue aux choix et au courage politique ( …). C’est à ce prix que vous restaurerez la foi dans l’avenir pour toute une profession, la confiance qui doit être mise en vous, et la légitimité de votre position. Gérard ENEL
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