Le transport léger, c'est du lourd !
Le transport léger a toute sa place dans le transport routier de marchandises. C'est le message que veut faire passer Jean-Marc RIVERA, le secrétaire général de l'OTRE Ile-de-France, qui coordonne les travaux de la commission « transport léger » de l'organisation professionnelle.
Jean-Marc RIVERA, vous vous battez pour la reconnaissance du transport léger. Pourquoi ?
J.-M. RIVERA : « Fin des années 90, les transporteurs légers ont eu obligation d’inscription au registre des transporteurs routiers. Ils sont donc bien membres de la grande famille du TRM, avec leurs propres spécificités. Le transport léger est devenu indispensable à certaines organisations industrielles de transport et son développement notamment en milieu urbain n’est plus à démontrer. Le nombre d’entreprises spécialisées dans le transport léger qui adhérent à notre fédération est en nette progression notamment en Ile-de-France, preuve des attentes et de l’envie croissante de reconnaissance de cette activité. Ce métier bouge et nous nous devons de l’accompagner. »
Vous avez rencontré le 28 juillet dernier à Bergerac M. PITIÉ, l’ingénieur des Ponts et Chaussées chargé de réfléchir aux conditions d’accès au transport routier. Qu’en est-il sorti ?
« Nous avons indiqué à monsieur PITIÉ l’opposition totale de l’OTRE à une libéralisation de l’accès à la profession du transport léger. L’OTRE a tout au contraire développé ses souhaits de voir se renforcer les conditions d’accès à la profession et les obligations de formation des chauffeurs livreurs primo rentrant dans le métier. Ce métier a besoin de reconnaissance, pas d’un laisser aller.
Je dois par ailleurs rencontrer très prochainement les responsables des principales associations de prévention routière afin de leur exposer le danger de la libéralisation du 3,5 tonnes en matière de sécurité routière. Une demande similaire a été adressée à Madame MERLI, préfète déléguée Interministérielle à la prévention routière. »
Parlons du renforcement de l’accès à la profession de transporteur moins de 3,5 tonnes. Où en est-on sur le sujet ?
« L’insolent taux de réussite à cet examen nous laisse réellement perplexe. Nous nous interrogeons sur son rôle réel de filtrage d’accès à la profession. L’enrichissement du contenu du justificatif de capacité est indispensable. Ce cursus de formation renforcé doit impérativement être validé par un examen digne de ce nom. Le justificatif de capacité professionnelle ne peut plus et ne doit plus être une simple formalité de 10 jours dont la plus grande difficulté pour les candidats réside en leur assiduité. »
Quel serait l’intérêt de renforcer l'accès à ce diplôme ?
« Cela permettrait certainement de voir se réduire le nombre de dépôt de bilan d’entreprises inscrites en transport léger et dont la période de vie n’excède pas deux ans. Il permettrait certainement de faire en sorte qu’un chef d’entreprise ne confonde plus son chiffre d’affaires et son bénéfice net. Qu’un chef d’entreprise sache enfin calculer son seuil de rentabilité, qu’il cesse de proposer des tarifs défiant toute concurrence qui nuisent aux entreprises tentant de faire honnêtement et dignement leur métier de transporteur.
Concernant les conditions de capacité financière, nous souhaitons le maintien de cette obligation mais nous soulevons également la question des obligations d’assurance notamment en matière de responsabilité civile professionnelle et d’assurance des marchandises ».
Est-ce que la refonte du justificatif de capacité professionnelle avance ?
« La commission va plancher sur les points de connaissance qu’elle souhaiterait voir renforcer pour cet examen. Notamment en matière de gestion : étude des coûts, prix de vente, seuil de rentabilité, amortissement etc., en matière de fiscalité : TVA, charges obligatoires etc., en matière sociale : gestion des salariés, temps de travail, paye etc. Bien évidemment, tout ceci entraînerait l’augmentation de la durée du stage actuellement de 10 jours, ainsi que le durcissement de l’examen final pour lui rendre tout son rôle de filtre d’accès à la profession. Plus généralement, l’OTRE expérimente la mise en place de stages d’aide à la gestion, destinés aux chefs d’entreprises, notamment mais non exclusivement de petites tailles. Cette idée est chère à Bernard LATASTE, notre président. »
En matière de formation, est-il plus facile de devenir chauffeur VUL que chauffeur PL ?
« L’avenant n° 94 du 13 décembre 2005 de notre convention collective prévoit une formation obligatoire pour les coursiers 2 et 4 roues primo rentrants dans la profession, mais rien pour le chauffeur livreur en VUL. Il n’est pas plus aisé d’être chauffeur d’un VUL que d’être chauffeur d’un PL notamment dans un environnement urbain. Il nous apparaît indispensable d’introduire la notion de FIMO VUL de courte durée avec recyclage type FCOS par tranche de 5 ans. Cette FIMO VUL aurait plusieurs objectifs, comme l'organisation d'une tournée, les principes de chargement d'un véhicule, le fonctionnement du véhicule ou encore les principales sources de réglementation de la profession. »
Une FIMO VUL, c'est nouveau !
« Introduire une FIMO VUL, c’est donner une véritable reconnaissance au métier de chauffeur livreur en véhicule léger. C’est garantir un minimum aux chefs d’entreprise de recruter des primo rentrants dans la profession possédant une base de connaissance à l’arrivée dans l’entreprise. Pour le futur candidat à ce métier, c’est, en amont, faire acte volontaire de formation preuve de ses motivations. Cela devrait déjà décourager une partie des candidats qui viennent dans ce métier sans y avoir réfléchi, par dépit et non par envie. Nous réfléchissons également sur l’intérêt d’un certificat de qualification professionnel servant à reconnaître les compétences acquises au titre de l’expérience par les anciens chauffeurs livreurs. Tout ceci contribue à la reconnaissance et à l’image de ce métier. »
Le chrono tachygraphe dans les VUL, c’est pour bientôt ?
« La commission estime que l’équipement des VUL par ce type de matériel est contraire à l’activité du transport léger, qu’il ne constitue en rien un progrès et s’oppose à cette idée qu’elle estime contre productive. Le chrono limitera considérablement la souplesse que les clients attendent du transport léger. »
Quid de la récupération de la TIPP pour le transport léger ?
« Administrativement, les chefs d’entreprise dont l’activité tourne autour du transport léger sont considérés comme des transporteurs à part entière. Pour autant, s’il apparaît indispensable à la commission de devoir structurer davantage le transport léger, il lui apparaît également incontournable de bénéficier des mêmes droits que l’ensemble des transporteurs. La commission souhaite que la question de la récupération de la TIPP par les entreprises du transport léger constitue une priorité. Les taxis bénéficient de cet avantage, pourquoi pas le transport léger ? La récupération de la TIPP est une nécessité. »
Autre sujet d’intérêt pour le transport léger : les zones de livraison qui sont régulièrement squattées par les particuliers. Qu’est-ce que l’OTRE réclame pour faire respecter cet espace dédié aux livraisons ?
« Le respect des zones de livraison dans les agglomérations les ayant mises en place est insuffisant. La commission pense que seule une sanction dissuasive peut permettre la diminution du stationnement sauvage sur ces aires.
Actuellement sanctionnée par une amende à 22 €, le passage d’une verbalisation à 135 € à l’instar du stationnement sur les places pour handicapés est de nature à dissuader davantage le contrevenant potentiel et donc à libérer ces emplacements. Sur Paris, les travaux effectués dans le cadre de la charte des bonnes pratiques des livraisons doivent aller dans ce sens. D’autant qu’à notre grand regret, le comité de pilotage a fait une marche arrière qui ne nous convient pas en mettant en place sur certains secteurs de la ville des zones expérimentales autorisant le stationnement des particuliers notamment les nuits. Cette décision entretient la confusion dans l’esprit du grand public et encourage les grands habitués du stationnement interdit à poursuivre dans leurs mauvaises habitudes."
« Le transport léger, c'est du lourd ! »
Le mardi 25 août 2009
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