« Les faux transporteurs nous tuent ! »
Halte à la concurrence déloyale ! Lors du récent congrès de l’OTRE à Biarritz, Gérard ENEL, président de l’OTRE Ile-de-France, a dénoncé la concurrence déloyale des transporteurs non déclarés. L'OTRE écrit aujourd'hui une lettre ouverte au préfet pour qu'il remédie à cette situation.
« Si rien n’est fait dans les six mois, 99 % des entreprises sont condamnées à des procédures collectives », selon Gérard ENEL, président de l’OTRE Ile-de-France. Car, d’une part, le fret a baissé de 80 % sur les plates-formes aéroportuaires et, d’autre part, la profession souffre terriblement de la concurrence déloyale des moins de 3.5 t qui ne possèdent pas de licence.
Europcar 1er transporteur d'IDF !
Louant leurs véhicules à l’année à faible coût, ces transporteurs de pacotille n’exercent pas leur activité de la même façon que les professionnels. Monsieur ENEL a déclaré avoir des éléments établissant ce qu’il avance : il possède des noms et des preuves que certaines sociétés qui ont pignon sur rue emploient des immigrés qu’ils exploitent comme des esclaves : « Si l’un paye trois euros la livraison, le marché lui est piqué par un autre qui propose 2,50 € ».
Des contrôles insuffisants
La DRE manquant d’effectifs (ils doivent même prochainement baisser de 98 à 90 personnes), les contrôles mettant en évidence ces pratiques pourraient être faits par n’importe qui. « Qu’à cela ne tienne, nous sommes prêts à y aller, si nous sommes mandatés », s'est amusé M. ENEL.
Ils roulent en surcharge !
De plus, les véhicules de faible tonnage concurrencent le lourd en surchargeant leurs véhicules, ce qui ne se voit pas à l’œil nu. M. ENEL réclame donc une augmentation des contrôles des licences et des poids sur le terrain, sur la route. Car ces acteurs "sauvages" n’existant pas officiellement, il ne peut y en avoir en entreprise.
Lettre ouverte au préfet
L’OTRE vient donc de réagir en adressant une lettre au préfet : « Il existe aujourd’hui en Ile de France une véritable concurrence déloyale contre laquelle nous nous devons de réagir dans l’urgence et avec efficacité. Autour de toutes les grandes plates-formes logistiques franciliennes, à commencer par Roissy, mais également dans Paris intra-muros, la présence de véhicules utilitaires de location à grandes enseignes type Europcar ou Avis nous interpellent. Il nous apparaît évident que ces véhicules servent à du transport de marchandises effectué par des personnes qui ne sont en rien transporteurs, le tout sans respect des règles du tonnage autorisé, sans formation et, le plus souvent, au détriment de toutes les règles élémentaires de sécurité. Bien évidemment, ces personnes proposent des prix défiant toute concurrence, n’ayant pas à assumer les charges et obligations des vrais transporteurs. Ils circulent régulièrement en surcharge, sans titre de transport et très certainement avec du personnel sans contrat de travail. Cette activité illégale porte très fortement atteinte aux transporteurs routiers car les prix pratiqués sont imbattables ».
D’autres concurrents déloyaux
Ces flibustiers de la banlieue ne sont pas les seuls à porter atteinte à la profession, selon l’OTRE : « Nous constatons également que des entreprises possédant des véhicules poids lourds en compte propre, notamment dans les travaux publics ou la démolition, mais également des entreprises répertoriées dans le stockage et l’entreposage, n’hésitent pas à effectuer des actes de transport en dehors de leur domaine déclaré pour compenser leur propre baisse d’activité. Dans ces conditions, ces entreprises viennent également concurrencer illégalement les transporteurs routiers. Nous sollicitons votre haute bienveillance afin que des actions de contrôle par les services de police gendarmerie et de la DRE soient rapidement mises en place pour lutter contre ces pratiques. Ces actions doivent non seulement porter sur la vérification des titres de transport, mais également sur la nature et le poids des charges transportées ».
« Les faux transporteurs nous tuent ! »
Le mercredi 15 avril 2009
http://www.flash-transport.com/portail/Accueil.html
La crise du transport vue d'Europe : Bruxelles à la traîne
Le transport routier est un bon indicateur de l'activité économique générale, annonce Rémi Mayet, chef d'unité adjoint des politiques transports terrestres à la DG TREN, parce qu'il reflète la réalité des flux au sein de l'Union, la crise l'affecte sans doute un peu plus que les autres secteurs." Ce constat s'appuie sur les statistiques de l'Union internationale des transports routiers (IRU) qui relèvent que depuis décembre 2007, les activités de fret routier dans les États membres ont diminué de 50 %. "Le nombre de faillites a doublé et une baisse de 140 000 emplois a également été observée", insiste Jens Hügel, responsable développement durable de l’organisation.
Résolution sans précédent de l'IRU
"Malgré la corrélation entre les volumes de transport routier et la croissance du PIB, la contradiction des politiques gouvernementales actuelles est stupéfiante", ajoute le président de l'IRU, Janusz Lacny. Pour éviter que l’incendie ne soit circonscrit par des "pompiers pyromanes", l'assemblée générale de l'IRU a adopté à l'unanimité le 3 avril 2009, une série de mesures censées atténuer l'impact de la crise. L'IRU exhorte d’emblée les autorités nationales compétentes à créer un cadre social et juridique qui permettrait au TRM de mettre le personnel qualifié en statut inactif au lieu de le licencier. "Cette disposition temporaire a le mérite d'anticiper la sortie de crise", note Jens Hügel.
En farouche opposant à la révision de l'eurovignette, l'organisation demande donc de réduire les taxes en vigueur et de mettre un terme à la création de nouvelles redevances. Enfin, elle exige que les institutions financières octroient des lignes de crédit suffisantes pour que les transporteurs financent leurs investissements. De la même manière, elle souhaite que la législation sur l'insolvabilité soit plus flexible ; les sociétés réduiraient ainsi leur capacité de transport et poursuivraient des activités commerciales rentables au lieu de liquider leur entreprise. "Nous conseillons aux PME de ne pas transporter à perte, d’exercer leur activité si les coûts peuvent être répercutés sur les clients et si les voyages à vide peuvent être évités", résume le responsable développement durable.
Difficile harmonisation européenne
Pour autant, la résolution de l'IRU est-elle applicable dans son intégralité au sein de l'Union européenne ? Rien n'est moins sûr même si elle a le mérite d'exister. Elle détaille surtout des préconisations qui insiste sur la nécessaire conjugaison de mesures conjoncturelles et structurelles. Au demeurant, Bruxelles considère qu’il est difficile d'aller plus vite que la musique pour accompagner les entreprises et préparer la sortie de crise, laquelle est aujourd’hui imprévisible. "Le TRM est un secteur atomisé à faible capitalisation, analyse Rémi Mayet, les conducteurs indépendants représentent la moitié des entreprises." C'est aussi un secteur fragile qui est frappé de plein fouet par la baisse des volumes et des prix.
La crise à l'Est comme à l'Ouest
À l'Est comme à l'Ouest, la crise économique produit les mêmes effets : baisse de la demande de transport, chute des prix, réduction de personnel, faillites… un contexte qui n’épargne ni les transporteurs locaux ni leurs confrères français partis à la conquête des PECO au début des années 2000. Une différence toutefois : souvent les PME françaises ont fait le choix de développer une structure réduite – peu de moyens et de conducteurs intégrés – orientée principalement sur la commission de transport. C'est-à-dire profiter du différentiel fiscal et social entre la France et les PECO pour conserver leurs parts de marchés sur ces marchés internationaux. Car si les coûts d’exploitations dans les PECO sont encore inférieurs à ceux supportés en France, la dégringolade des prix grignote cet avantage concurrentiel.
Enfin, autre point commun entre l'Ouest et l'Est : des deux côtés, les gouvernements n'ont pas déployé de plan d'aides spécifiques à la profession.
Par Louis Guarino et Stéphane Le Hénaff | L'Officiel des transporteurs | 15/04/2009 |